LE COUT DU RISQUE ET LA GESTION DES CRÉANCES IMPAYÉES EN MICROFINANCE

Michel HAMON Michel HAMON formation à l'école de la comptabilité

LE COUT DU RISQUE ET LA GESTION DES CREANCES IMPAYEES EN MICROFINANCE

1. Pourquoi le risque est au cœur du métier de la microfinance ?

Le risque est au cœur du métier de la microfinance parce que toute l’activité repose sur la capacité à prêter de l’argent à des clients souvent vulnérables, sans garanties solides, dans des environnements économiques instables.

Si la microfinance ne maîtrise pas le risque, elle disparaît.

 2. Les catégories de créances : comprendre la dégradation progressive

Les IMF distinguent quatre niveaux de qualité du portefeuille :

  • Créances saines : remboursements réguliers.
  • Créances en souffrance : retards significatifs, mais encore récupérables.
  • Engagements douteux / litigieux (CDL) : prêts non performants, généralement au-delà de 90 jours de retard ou dont le recouvrement est jugé peu probable.
  • Créances irrécouvrables : prêts définitivement perdus, à sortir du bilan.

Cette classification permet de mesurer le coût du risque, d’ajuster les provisions et de piloter la qualité du portefeuille.

3. Le prêt non performant (NPL) : un signal d’alerte majeur

Un prêt devient non performant lorsque :

  • Le retard dépasse 90 jours,
  • L’analyse montre qu’il est peu probable que l’emprunteur rembourse par exemple parce que le secteur entier est en crise.

À ce stade, un espoir de recouvrement subsiste, mais le prêt doit être classé en contentieux / douteux, avec provisionnement obligatoire.

4. Quand passer une créance en perte ?

Une créance doit être radiée lorsque les chances de recouvrement deviennent nulles. Les situations typiques incluent :

  • Entreprises liquidées, insolvables ou sans activité viable ;
  • Particuliers surendettés, sans revenus stables, ayant quitté la zone ou en situation sociale critique.

La radiation implique :

  • Retrait de la créance de l’actif,
  • Reprise des provisions existantes,
  • Maintien d’un suivi extra-comptable si les droits ne sont pas éteints car juridiquement la créance n’est pas éteinte.

5. La radiation et l’abandon de créance sont deux décisions distinctes :

Radiation comptable

  • Il s’agit d’une opération interne.
  • Comptablement la créance est passée en perte.
  • Les actions de recouvrement peuvent continuer car juridiquement la créance existe toujours.

Abandon de créance

  • Il s’agit ici d’une décision juridique qui éteint la créance
  • Le client est libéré de sa dette.
  • L’abandon de créance peut intervenir dans un plan de surendettement ou à l’occasion d’un accord amiable.

6. Le rôle central du Conseil d’Administration

Le CA valide les passages en perte car :

  • Les radiations dégradent les résultats annuels
  • Un volume excessif peut menacer la survie de l’IMF.

Le CA s’appuie sur :

  • Des analyses internes,
  • Des preuves d’insolvabilité,
  • Une revue des causes du non-remboursement,
  • Une évaluation de la gouvernance et du respect des politiques de crédit.

7. Comprendre les causes des impayés : un impératif de gouvernance

Les causes peuvent être externes ou internes :

Des exemples très fréquents de causes externes

  • Dégradation de l’activité économique,
  • Volatilité des marchés agricoles,
  • Chocs climatiques,
  • Faillite de partenaires commerciaux.

Mais aussi des causes internes

  • L’étude du crédit a été insuffisante,
  • L’IMF a une appétence au risque excessive,
  • Les compétences en risque des agents de crédit sont insuffisantes
  • Le favoritisme ou la fraude, les dossiers de complaisance
  • La gouvernance de l’IMF est défaillante et il n’y a pas vraiment de politique de crédit.

 

8. Le rôle stratégique de la formation risque

Une IMF performante développe une culture du risque à tous les niveaux :

  • Agents de crédit capables d’analyser les flux, la saisonnalité, la solvabilité réelle ;
  • Commerciaux formés à détecter les signaux faibles ;
  • Direction capable de piloter le portefeuille et d’anticiper les dérives.
  • L’ensemble du personnel d’une IMF doit être sensibilisée au risque car c’est le cœur du métier.

La formation continue est indispensable pour :

  • Réduire les mauvais risques,
  • Améliorer la qualité du portefeuille,
  • Renforcer la gouvernance,
  • Protéger la mission sociale de l’IMF.

9. Pourquoi nettoyer régulièrement le bilan et passer certains crédits en pertes ?

L’IMF nettoie son bilan chaque année afin que le portefeuille ne soit pas encombré de créances irrécouvrables car il y a de nombreuses conséquences telles que :

  • Fausse la perception de la performance,
  • Dégrade les ratios réglementaires,
  • Empêche l’accès au financement,
  • Fragilise la confiance des partenaires.

La radiation est donc un outil de transparence et de bonne gestion, non un aveu d’échec.

10. Message clé pour les professionnels africains

La gestion du risque n’est pas une contrainte : c’est la condition de survie des IMF africaines. Dans un environnement instable, seules les institutions capables d’identifier, mesurer, anticiper et traiter les risques peuvent :

  • Protéger leur portefeuille,
  • Préserver leur mission sociale,
  • Financer durablement les micro‑entrepreneurs,
  • Rester compétitives face aux nouveaux acteurs digitaux.

 

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